Le Caustic Club

Le Caustic Club est une organisation dédiée à la préservation des liens humains dans des conditions de dignité acceptables. Les démonstrations excessives de sentimentalité n’y sont pas interdites, mais elles restent fortement déconseillées. Ses activités reposent principalement sur l’échange de cartes et l’usage plus ou moins contrôlé de l’ironie.

Le Caustic Club possède également une particularité : son mode de diffusion. 

Écrire une carte fait officiellement de vous un membre.

En recevoir une vous expose à un risque non négligeable de contamination.

Les spécialistes ne sont pas encore parvenus à déterminer avec précision comment le phénomène se propage. Les premiers symptômes incluent généralement un sourire involontaire, une irritation légère, ou l’envie incontrôlable de rétorquer. Dans 5,32 % des cas recensés, le sujet récidive. Dans les autres, les données sont insuffisantes ou les témoins refusent obstinément de coopérer.

Le Club prend actuellement la forme d’une collection de cartes. Cette situation est appelée à dégénérer. D’autres créations rejoindront progressivement les rangs afin d’étendre notre influence sur le territoire des interactions humaines.

À ce stade, il est probablement trop tard.

Vous faites déjà partie du Club.

Bienvenue.

Diogène de Rance

Le Caustic Club a actuellement un président.

Personne ne l’a élu, mais cela ne l’empêche pas d’exercer ses fonctions avec un sérieux remarquable.

Son nom est Diogène de Rance, grenouille misanthrope et amateur de produits de luxe.

Dans un monde idéal, Diogène passerait ses journées sur un nénuphar à siroter des cocktails et à juger l’humanité de loin. Malheureusement, il nourrit une passion coûteuse pour les œufs d’esturgeon et les libellules premium. Il est donc contraint d’avoir un travail, de payer ses factures et vivre en société.

Une situation qu’il vit avec une dignité toute relative.

Diogène apparaît sur toutes les cartes de la première collection. Il est le premier représentant du Club, mais probablement pas le dernier. D’autres personnages viendront sans doute agrandir cette étrange assemblée au fil du temps.

En attendant, c’est lui qui accueille les nouveaux membres.

 

La Fondatrice

Cette biographie a été rédigée par Anma elle-même, à la troisième personne du singulier, comme le font les gens importants, bien entendu.

Anma a passé plusieurs années dans le secteur social et humanitaire à observer la nature humaine dans toute sa splendide réalité. Elle aurait pu en tirer des conclusions rassurantes.

Ce ne fut pas le cas.

Elle a également, parmi d’autres tares, des origines britanniques, ce qui explique sans doute son attachement obstiné à l’art perdu de la carte de vœux.

Puis, comme toute trentenaire citadine traversant une phase de retour aux sources, elle s’est mise à fabriquer des savons à la main. C’est ainsi qu’elle a découvert les joies de la soude caustique : une brûlure discrète, presque imperceptible au départ, qui s’installe lentement avant de révéler toute sa capacité de nuisance.

Une expérience suffisamment marquante pour inspirer le nom de ce projet.

Le Caustic Club est né quelque part entre ces observations sur l’humanité, une légère lassitude face aux injonctions au bonheur permanent et un temps de fréquentation des rayons de papeterie éveillant la méfiance du personnel.

L’intention était simplement de créer quelques cartes.

Les événements ont depuis pris une tournure légèrement plus préoccupante. Un président a été nommé sans élection. Des membres apparaissent sans procédure d’admission. Des cas de contamination continuent d’être signalés.

À ce stade, il est difficile de déterminer si Anma a créé le Club ou si le Club s’est simplement servi d’elle pour exister.

Le processus de création

Le processus créatif a l’air noble, vu de loin. De près, c’est surtout beaucoup de café et quelques rancunes bien gardées.

Mes personnages sont inspirés de la vie de tous les jours, plus précisément des petites trahisons qu’elle m’inflige avec une régularité suspecte. Quand Valérie, ma collègue, m’a quittée pour un monde meilleur, j’étais sincèrement contente pour elle. Et dévastée pour moi. Une carte est née de cette dissonance, et apparemment, elle vous parle.

La série Caustic Kids, elle, doit tout à mon expérience de mère de jeunes enfants indomptables. Une source d’inspiration absolument intarissable. Un jour, mon fils s’est convaincu qu’il était une lionne et n’attend depuis qu’une chose : qu’on le libère enfin pour rejoindre la savane. Une carte en est née. Elle ne l’a pas dissuadé, au contraire.

Je crée mes cartes sur Mac, à la tablette à stylet : Krita pour l’illustration, Affinity pour la mise en page. La méthode exacte, vous pouvez la voir à l’œuvre en face. Question nuances de couleur, j’ai développé ce qu’il faut bien appeler une addiction semi-avouée : douze verts presque identiques suffisent à m’engloutir pendant des heures, entre RVB à l’écran, CMJN à l’impression et des paramètres d’export qui m’embarquent dans des dimensions intergalactiques dont j’ignorais l’existence la veille.

Jusqu’en août 2026, mes cartes seront imprimées en Suisse. Un voyage à l’étranger va changer la donne : ma production va déménagé en Angleterre, la Mecque des cartes de vœux — un pays qui s’acharne avec la même ferveur sur le pudding et sur l’art perdu de la carte de vœux. Mes origines britanniques auront donc fini par servir à quelque chose, et l’envoi chez mes clients s’en trouve grandement facilité. Le prochain chapitre s’annonce riche en matière première : direction l’Asie, en quête de nouvelles sources d’inspiration, et peut-être du berceau du caustique lui-même. Les cartes, elles, continueront d’arriver à l’heure.

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